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Le Moyen-Age : naissance et vie d’un bourg fortifié

Site clunisien et bourg féodal

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Beaucoup de récits sur les origines de Villerest, repris en boucle dans certaines publications, ne reposent en fait sur aucune source historique sérieuse.
C’est le cas de ceux qui imaginent l’installation de moines de Cluny à St Sulpice dès les VIIe et VIIIè siècle alors que l’abbaye bénédictine n’est fondée qu’en 910 !

Certes, il parait logique qu’une paroisse soit née à l’emplacement de la vicairie carolingienne, sur le plateau de Saint-Sulpice et l’on possède de précieux documents attestant des débuts de l’existence médiévale de Villerest.
Une charte de Cluny de 966, la première citant la vigne en Roannais, évoque un site nommé Villa-Ariht (et non Villa-Arith comme trop souvent orthographié). Si au XIXe, l’érudit Augustin Bernard y a reconnu la première mention de Villerest, des recherches linguistiques récentes (celles de Xavier Gouvert) estiment qu’il s’agirait plutôt d’Aris près de Villemontais. Quant à la charte de Savigny de 970, le site de Villaris qu’elle évoque reconnu lui aussi par Augustin Bernard comme étant Villerest serait peut-être un Villars situé en Saône et Loire non loin de Marcigny.

En fait le plus précieux des documents est bien une charte de Cluny dont la datation est certes extensive (entre 993 et 1048) mais qui en nommant Villareis, situe avec précision une pêcherie de saumons et un domaine agricole. Ces biens sont donnés à Cluny par une famille féodale de la région qui possède apparemment de nombreux biens sur le territoire de Villerest : les « Sapolgo » (Saint-Polgues). D’autres dons suivront et leur répétition amènera l’Abbaye de Cluny, pour gérer des biens devenus importants, à créer dès le XIe siècle un prieuré sur la butte de porphyre dominant le fleuve Loire.

Ce prieuré clunisien est fondamental pour Villerest. Accolé à une église dédiée à Saint-Priest, non seulement il devient le cœur d’une nouvelle paroisse mais aussi d’une bourgade qui bourgeonne autour du monastère. Ce dernier est transféré en 1120, comme d’autres possessions de Cluny au Prieuré de Marcigny, prieuré clunisien créé pour abriter des moniales.

Au début du XIIè dans les guerres féodales qui opposent sur leurs frontières respectives le Beaujolais et le Forez, les descendants des Sapolgue, Pautenier et Gaiffre, seigneurs de Villerest et Ouches, prennent parti pour le Sire de Beaujeu contre Guy 1er comte de Forez.
Après sa reconquête la seigneurie de Villerest sera désormais partagée en deux. Une partie se trouve sous l’autorité directe des Comtes de Forez, autorité exercée par l’intermédiaire d’un prévôt.

L’autre partie est dévolue aux religieuses de Marcigny, sous l’autorité du Prieur de l’important monastère, qui délègue ses pouvoirs au prieur local.
Un accord est passé en 1235 entre Jacques prieur de Marcigny et Guy IV, comte de Forez qui précise la part du territoire dévolue aux co-seigneurs, délimitée par « 4 croix » et l’étendue de leurs pouvoirs respectifs. Le comte se réserve le droit de construire une maison-forte et d’entourer le bourg d’une enceinte fortifiée. La justice sera rendue au nom des deux co-seigneurs dans le prieuré où sera établie une prison. En 1253, cet accord sera complété par une véritable charte de franchises et privilèges qui fixe les droits et les devoirs des habitants de la petite ville qui se développe autour d’une première enceinte fortifiée se limitant sans doute aux bâtiments du prieuré et de l’église attenante. Il faudra sans doute attendre le début du XIVe siècle et l’insécurité ambiante pour qu’une deuxième enceinte fortifiée soit construite qui donnera au bourg médiéval sa configuration définitive dont on peut avoir une idée dans l’Armorial de Guillaume Revel (vers 1450). Hors les murs, un faubourg, nommé « bourg-basset » se développe vers le Sud, en direction de la Loire où un pont construit au milieu du XIIIe, permet le franchissement. Détruit par une crue au milieu du XIVe ce pont à tablier de bois sera remplacé par un « port », le franchissement de la Loire étant désormais assuré par un bac.

« De beaux restes »

Remparts et Porte de Bise
Ce sont les importants vestiges de ce bourg médiéval qui confèrent indéniablement à Villerest un cachet de « village de caractère ».
Des deux portes qui donnaient accès à la cité seule la Porte de Bise, porte du nord, belle porte ogivale du XIVè, est encore en place. Elle est le véritable emblème du bourg et appartient à un ensemble constitué d’une partie des anciens remparts de porphyre rose et des trois tours qui subsistent, site classé depuis 1946.
L’autre porte, celle du Sud, nommée « porte de vent » a disparu. La place lui faisant vis-à-vis, actuellement place Jules Rabourdin, fut longtemps nommée « place du pont », se référant au pont levis qui la défendait. Cette place se poursuit par la Grand’Rue qui était, hors les murs, le faux-bourg de la ville médiévale ou « Bourg-Basset », communiquant avec la place du Grand Huy (de la grande porte).

L’église du bourg
L’enceinte médiévale incorporait une partie de l’église. Dédiée à St Priest et à St Jean-Baptiste, jouxtant le prieuré bénédictin, son chevet roman conciliant les styles bourguignon et auvergnat date de la fin du XIIIè siècle. Avec ses peintures murales il est inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1982.

Maisons anciennes
A l’intérieur du bourg et dans la Grand’Rue se trouvent de nombreuses maisons anciennes des XVè et XVIè siècles, typiques avec leurs colombages ou fenêtres à meneaux.

La Chapelle de Saint-Sulpice
Sur les hauteurs, la chapelle de Saint-Sulpice est l’ancienne église d’une commune, St Sulpice-les-Villerest, absorbée en 1824 par Villerest. Petite merveille de l’art roman construite au XIIè, son chevet est orné de fresques très originales, à décor floral, qui restent à dégager et mettre en valeur. L’effigie de Saint Sulpice, dessiné sur l’intrados d’une de ses fenêtres continue de veiller sur les destinées de l’édifice désaffecté en 2010 et devenu un des hauts lieux culturels de la commune.